Illustration : Centrale electrique (1914),
par Antonio Sant’Elia (1888-1916)

Note d’intention

« EUROPE OCCIDENTALE, futur proche.
Les villes sont devenues plus sombres. L’air y est plus épais, plus dense, plus sale encore. Plus moite aussi. Le jour n’est plus qu’une ombre : on y voit mieux la nuit, dans la gabegie électrique. La misère s’est étendue et rien ne lui échappe. L’oisiveté a abruti les hommes de ses drogues diverses. Le peu de travail qui demeure est fait par des machines. Le crime prolifère. Quant à l’ordre, il n’est que sa caricature : anarchie et terreur religieuse. La saleté et la peur ont envahi les villes. On ne s’échappe pas et le compteur Geiger a remplacé le stéthoscope. L’espérance de vie est très basse.

Au-dessus de ces villes et flottant dans l’air sombre, des villes nouvelles ont été bâties: là vivent les plus riches, les seigneurs de l’argent. Et leurs
personnels dévoués, machines dernier cri, savants aux connaissances de pointe, objets sexuels et de plaisirs variés. Ces hautes-villes, dont les cloches sont coiffées d’un azur de synthèse – il y fait toujours beau –, communiquent entre elles : par les airs, on joint en deux heures les cités merveilleuses du Pacifique. Les maîtres de ces villes sont eux-mêmes bourrés de technologie : ils sont augmentés, sens et capacités multipliés, vivent des vies très longues, qu’on voudrait prolonger encore, malgré la crainte et l’ennui qui se sont installés. Mais il y a, pour maintenir en vie, ne serait-ce que d’un fil, les rivalités de pouvoir entre seigneurs du monde. La guerre a basse intensité, dans un monde feutré où le luxe est clinquant.

Notre héros et narrateur vit dans la ville-haute : il y est arrivé à peine
pubère, sélectionné d’en-bas, pour servir de divertissement à quelque cadre intermédiaire à l’ambition féroce. Contrairement à ses pairs, un talent de parole lui a permis d’éviter le rebut, mort ou retour à sa basse extraction. La quarantaine passée, il sert maintenant d’historiographe à des maîtres qui cherchent un miroir flatteur et veulent entendre leur histoire, telle qu’ils aimeraient qu’elle soit. Au moment que commence son récit, notre historien de fortune, informé de la mort de son père, après plus de vingt années d’exil plus ou moins doré, veut redescendre dans la terrible ville terrestre pour un dernier adieu. »

La création

La compagnie l’Allégresse du pourpre et Fred Pougeard ont passé commande au dramaturge et metteur en scène Pascal Adam, pour l’écriture d’un texte de forme épique, écrit en vers, dont les faits se déroulent dans un vraisemblable futur. Le texte, en cours d’écriture, sera traversé par les questionnements liés au transhumanisme, au creusement des inégalités, à l’évincement d’une population devenue « inutile » à la production et à la création des richesses.
Le texte sera porté en scène par le conteur et comédien Fred Pougeard, et deux musiciens, notamment la contrebassiste Félicie Bazelaire, qui est membre de l’ONCEIM (Orchestre des nouvelles créations, expérimentations et improvisations musicales, dir.Frédéric Blondy).
Pour la compagnie, le projet s’inscrit dans la continuité de Vania, mort pour la France, mais en creusant encore davantage le lien entre composition
musicale et récit. La musique ne sera pas qu’une accompagnatrice, elle
teintera l’ensemble du récit. Elle en portera le rythme, elle contribuera à en faire battre le pouls. Le récit sera aussi chant.

Création Mars 2020 à la M.J.C. Calonne de Sedan

Chantiers
Le 25 septembre 2019 dans le cadre du dispositif « Conteurs au plateau » au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses (92).
Le 25 janvier 2020 dans le cadre des «Histoires provisoires» à la Maison du conte de Chevilly-Larue (94).


Ecriture et mise en scène  : Pascal Adam.
Interprétation : Fred Pougeard, comédien et conteur.
Musique : Félicie Bazelaire, contrebasse et Renaud Collet, instrumentarium.
Lumières : Antoine Lenoir.


Télécharger le dossier de production.